Pudeur impudique
Cathryn Boch
29.0214.04.12

Cathryn Boch pousse les limites du papier dans ses retranchements, explore toutes les possibilités de ce support et non seulement le transcende mais va plus loin en le replaçant au centre de la création plastique, en lui redonnant de nouvelles lettres de noblesse.
C’est une vraie relation qui s’installe entre elle et lui, un miroir de l’âme qui va chercher son inspiration au plus profond de nos sentiments. Elle nous révèle la beauté, la force, le courage mais également les fragilités, les hésitations et les doutes de chacun. Une passion entre eux deux, une belle histoire d’amour qu’elle couche sur le papier.
Comme Sophie Costes* le souligne, Cathryn Boch fait partie de ces artistes pour qui la genèse d’une oeuvre ne saurait se faire sans en multiplier les étapes. Il convient de ne pas s’enfermer trop vite dans une forme, il faut qu’une histoire se tisse, qu’une temporalité s’installe, que le dessin se révèle par strates à l’issue d’une lutte engagée avec des papiers souvent épais qui portent vite les stigmates des raclures, scarifications, ponçages, déchirures, piqûres, surpiqûres, assemblages... que l’artiste leur inflige comme pour en accentuer la fragilité.
Il y a dans les corps perdus, distendus, brisés, gémellaires, foudroyés, en chute ou en lévitation qui peuplent ses dessins, quelque chose de viscéral, d’organique, qui exprime à des échelles indifféremment microscopiques et macroscopiques, l’idée d’une métamorphose.
Figures évanescentes et cartographies se mêlent en de vastes constellations qui nous renvoient à la vacuité de l’existence, à l’accomplissement de la mesure d’une vie d’homme dans la démesure de l’immensité.

* Conservateur du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Genève