Pilgrims
Storm Tharp
06.1120.02.16
 
 
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Les portraits à l’encre de Storm Tharp sont des sortes de vanités, altérées et étirées dans le temps. Les bustes fiers nous rappellent la plus classique tradition du portrait, mais portent des visages décomposés, recomposés, tachés, déformés, comme pour nous dire que la prestance et la dignité ne se dégagent pas tant d’une façade ravalée que de l’extrême sensibilité que Tharp dépeint dans ces visages. Pour Tharp, le portrait n’est pas un état du présent, mais doit donner à voir la vie entière de l’individu, rendre visibles les différents états de l’âme et les digressions de soi qui forment le tout.
 
Emotionnels, les regards d’une douceur inattendue jaillissent des visages distordus, et surprennent de leur force apaisée celui ou celle qui ose les croiser. Une sorte d’empathie s’installe alors, qui ouvre la voie d’une communication introspective : une expérience de l’altérité dans laquelle résonne une souffrance universelle de l’être, mais dont la forme est pourtant particulière à chaque histoire.
 
Ces portraits paraissent à la fois étrangers et familiers. Chacun d’eux regroupe en un visage la pluralité fracturée d’identités multiples, tous parés de t-shirts ou chemises aux couleurs douces et très graphiques, qui rappellent certains travaux précédents de Tharp. La technique employée pour les visages est plus « brutale »,  et Tharp témoigne des influences de l’art africain, du cubisme et de l’abstraction, qui sont d’une grande importance dans sa pratique figurative. Dans cette série d’encre et gouache, on observe aussi des découpes et des collages délicats, parfois à peine visibles, ainsi que l’usage occasionnel de spray.
 
Tharp ne joue pas de provocation, il est plutôt de cette veine d’artistes pour qui l’affect est une donnée primordiale. Dans leur voyage initiatique, la quête de ses pèlerins est sans nul doute spirituelle. Une lutte existentielle à la recherche de soi, dans un monde où il faudrait sans cesse composer et revêtir de nouveaux visages et autres masques, occuper le terrain médiatique et multiplier les identités online, sans pour autant perdre les racines de sa propre entité.
 
Ses portraits semblent compléter une collection de famille, où une sorte de bug aurait à un moment rendu visible l’inquiétante ou passionnante intériorité des membres représentés, leur psyché. Avec Tharp, les détours, blessures ou aspérités de l’âme ne sont plus des monstruosités à gommer mais au contraire d’intenses parures, donnant à ces regards l’honnêteté dans laquelle ils puisent leur force.
 
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Storm Tharp’s ink portraits are like altered vanitas, drawn out through time, in which the proud busts recall the classical portrait tradition, while bearing decomposed, recomposed, stained, and deformed faces, as if to inform us that presence and dignity do not emanate so much from a restored façade as from the extreme sensibility that Tharp portrays in these faces. For Tharp, the portrait is not a state of the present, but must show the entire life of the individual, make visible all the moods and self-digressions that make up the whole.
 
Emotional, the gazes of unexpected gentleness spring from the distorted faces and surprise with their calm strength whoever dares to meet them. And a kind of empathy then settles in, opening the way to introspective communication, an experience of otherness in which universal suffering of being resonates, though its form is nonetheless unique to every story.
 
These portraits seem both foreign and familiar. The fractured plurality of multiple selves is constructed into one cohesive portrait adorned in pictorial t-shirts and dress shirts in soft colors that hark back to some of Tharp’s earlier work. The technique employed for the faces is more “brutal”, and Tharp reflects influences from African art, cubism, and abstraction that are very important in his figurative practice. In this series in ink and gouache, we also note fine, sometimes barely visible cut-outs and collages and an occasional use of spray paint.
 
Tharp is not playing at being provocative, but is rather of that vein of artists for whom affect is an essential element. In their journey of initiation, the quest of his pilgrims is without a doubt spiritual: an existential struggle in search of the self, in a world in which one must endlessly make and put on new faces and other masks, occupy the media terrain, and multiply online identities, without losing the roots of one’s own entity.
 
His portraits seem to make up a family collection, in which a radical glitch at some point exteriorized the disturbing or fascinating interiority of the members represented, their psyche. With Tharp, the wanderings, wounds, or rough edges of the soul are no longer monstrosities to be erased but on the contrary vivid finery, providing these gazes the honesty from which they draw their strength.